Ode à la transparence

Ou plutôt merde à la lâcheté

Franchement certains jours la gueule de ma vie sentimentale, décousue et amochée, me fait un peu peur. Mais en même temps quand on voit la gueule du monde, apeuré et renfermé, j’me dis que j’ai des circonstances atténuantes.

Le Covid ne nous facilite déjà pas la tâche… Entre les rencards au parc en plein mois de janvier, les célibataires qui s’essaient au dating virtuel et les couples qui implosent pendant les confinements…

Pourtant, le Covid n’a pas trop freiné ma vie sentimentale. Pendant le premier confinement je suis sortie avec mon coloc. Hé oui, local et de saison. Et puis il a rencontré une fille via une appli, version moderne de l’adultère covidéen. Alors une fois deconfinée j’me suis jetée tête la première, armée d’un peu de fard à paupières, dans le monde sans pitié de la rencontre et de la romance. Et puis j’ai rencontré ce type. Vous voyez, je fais preuve d’agilité pour aimer entre les gouttes.

Mais voilà, c’est pas le covid qui fout le bordel dans ma vie sentimentale. C’est les gens. Ou plus exactement, leur manque d’honnêteté et d’empathie. Mon coloc qui s’inscrit sur Tinder en plein milieu de notre amourette, pourquoi ? Pour aller vérifier si l’herbe est plus verte ailleurs ? Et surtout, ça va de soi, sans m’en parler. Ce type de post-confinement qui me jure, droit dans les yeux, que c’est fini depuis des semaines avec son ex, et qu’il est prêt pour autre chose. Et puis qui m’apprend, 2 mois plus tard, qu’il se remet avec elle.

Alors peut-être que c’est moi. Peut-être que je suis naïve. Et puis je leur jette la pierre, mais je suis imparfaite aussi. Des coeurs, j’en ai éraflés quelques uns… Mais j’apprends chaque jour un peu plus le poids de l’honnêteté et de la transparence.

Je ris amèrement au nez des excuses lâches. « Tu comprends, j’avais peur. ». Mais peur de quoi ? D’un éclat de colère ? Alors plutôt que d’affronter mes yeux en quête de vérité, on détourne le regard, on joue avec mon cœur. On me joue du pipeau et je me laisse bercer.

Ça commence à m’énerver, cette lâcheté ambiante. C’est pas si compliqué de dire « voilà où j’en suis ». Enfin, j’imagine que c’est encore moins compliqué de mentir et de se mentir. De se jouer des musiques romantiques en fond et de se croire dans un film à l’eau de rose. Un truc facile, où tout roule, sans discussion houleuse…

J’en ai assez des demi-engagements, des mensonges et des non-dits. Des pansements qu’on enlève tout doucement au lieu de les arracher un bon coup. De ceux qui m’essaient avec prudence, juste pour voir quel goût à mon gloss, sans attache ni lendemain. Que ce soit sentimentalement ou pour le reste, pourquoi ne revient-on pas à des choses simples ? Concrètes ? Honnêtes ?

Merde à la fin. Merde à l’amour.

Hypersensibilité en famille

Fleur à fleur, cœur à cœur, peau à peau

Ce midi, mes parents ont commencé à s’engueuler pour une broutille. Maman s’est mise à pleurer, papa à stresser. J’étais au milieu, à pas savoir comment réagir, j’ai senti monter mes angoisses, en écho à des angoisses que j’avais ressenties quand j’étais toute petite et incapable de me protéger. Mais pas aujourd’hui. Quand maman me confie ses problèmes de couple, je l’interromps pour lui dire que je suis mal à l’aise d’écouter ces histoires. Quand ils se disputent, je change de pièce, et je les laisse s’expliquer tout seuls. Je n’ai pas à gérer leurs problèmes de couple. En fait, j’ai appris à fixer mes limites.

Mais ça m’a fait réfléchir. Je crois que notre famille est hypersensible. Ou sensible, en tout cas, puisque l’hypersensibilité est encore une notion un peu floue et récente pour moi. Je réalise que les crises de larmes et les colères intenses de ma mère étaient peut-être liées, en partie, à une sensibilité à fleur de peau. La difficulté, c’est qu’en tant qu’hypersensibles en face, recevoir ces émotions intense provoque chez nous des angoisses. Je suis une vraie éponge à émotions, et grandir dans un climat émotionnel anxiogène a été une expérience traumatisante pour moi. J’ai l’impression que je recherche à présent des milieux empreints de sérénité et de douceur. Pourtant, j’apprends aussi à quel point s’exprimer est crucial… Alors comment on fait, entre hypersensibles, pour à la fois laisser à l’autre l’espace nécessaire pour ressentir et exprimer ses émotions, tout en s’en protégeant ? A l’inverse, comment on exprime, en tant qu’hypersensible, des émotions puissantes, quand on sait que la personne en face y est sensible ?

Alors que maman pleurait de manière incontrôlable, elle m’a confié un peu honteuse « j’ai pris des fleurs de Bach de secours, mais ça suffit pas ». Comme si elle avait honte de ses émotions, et de se laisser submerger. Alors j’ai simplement dit « c’est pas grave d’avoir des émotions ». Et c’est étrange, mais j’ai l’impression que ça a suffit à l’apaiser. Alors peut-être que c’est une piste à creuser. Peut-être que les personnes sensibles ont simplement besoin d’être autorisées à ressentir.

Quand on reçoit les émotions des autres, j’imagine que l’on peut aussi se rappeler que l’on n’est pas responsable de ce qu’ils ressentent. S’en préserver, créer une sorte de limite de responsabilité. Écouter sans se laisser submerger.

Peut-être aussi qu’il y a une question d’équilibre. On a le droit de tout ressentir, mais peut-être qu’on ne doit pas tout déverser sur notre entourage. Se rappeler que nos émotions sont à nous, et que si elles sont belles et importantes, elles sont aussi puissantes et doivent être utilisées avec des précautions. Plus concrètement, peut-être que parfois il faut pleurer en privé, déverser ses émotions dans la musique ou dans l’écriture, et discuter avec l’autre une fois que les émotions sont moins intenses.

Malgré tout, j’ai l’impression qu’on a peur de nos émotions et de celles des autres. Peut-être que le fond du problème, c’est ça. J’ai parfois peur de me mettre en colère parce que j’ai peur de devenir ma mère… Mais peut-être que la colère n’est pas le problème… Le problème, c’est qu’on est mal à l’aise face aux larmes et aux éclats de voix. C’est plus confortable d’être dans un groupe de gens à la voix monocorde, aux émotions lisses. C’est un cercle vicieux. On ne s’autorise pas à ressentir, à exprimer, et on déborde, les émotions explosent de manière insupportable pour les autres, qui associent les émotions à quelque chose de dangereux et angoissant.

Peut-être que pour sortir de cette boucle, il faut réussir à exprimer les choses petit à petit ? Peut-être aussi qu’il y a une façon de dire les choses.

Enfin bon, j’ai pas trouvé de solution pour les groupes / familles / couples d’hypersensibles. Et puis tout ce bordel, ça active mes peurs du couple. Quel intérêt d’être en couple, si tout ce que ça apporte c’est une perte de liberté et des disputes ? Ah, on n’est pas sorti de l’auberge. A quand les cours sur l’empathie, la communication et le respect à l’école ? Ça serait plus utile que les équations… Enfin, selon moi. Tout dépend de la société qu’on veut créer, j’imagine.

La douleur
des fois c’est à vomir, trop à voir, à ressentir,
mon cœur a mal à la tête et ma tête a
des haut-le-cœur.

A fleurs de peau

Fleurs de rose et de jasmin… Des fleurs, des fleurs sur ta peau que j’effleure…

La première fois qu’on m’a parlé d’hypersensibilité, j’ai pas trop compris. Je me reconnaissais plutôt bien dans la définition, mais je pensais que j’étais normal-sensible, et que tout le monde ressentait les choses de façon aussi intense que moi. Mais il parait que non.

Parfois, mettre un mot sur une sensation de différence peut être libérateur. Ah, d’accord, je ne suis pas un alien en fait, c’est normal que je me sente anormale. Pour moi, ça a mis un mot sur un décalage que j’ai surtout ressenti plus jeune, aux années collège, et plus tard, dans le monde du travail. Mais j’ai aussi eu la chance de rencontrer dans ma vie tellement de belles âmes sensibles qui ont partagé avec moi leurs fleurs de peau et leurs douleurs de cœurs, qu’aujourd’hui je vis plutôt bien ma sensibilité.

En fait, je dirais même que j’aime être sensible. J’aime ressentir les choses de façon intense, même si parfois ça me fait flipper quand mes émotions sont si puissantes que je perds le contrôle. Je ne crois pas que les émotions soient mauvaises. Je crois au contraire qu’être hypersensible, c’est génial. Ressentir, c’est une chance. C’est juste pas toujours facile à vivre dans une société qui manque un peu de sensibilité, et où les émotions sont vu comme des faiblesses.

Beaucoup de choses ont déjà été dites sur le sujet, et je n’ai pas envie, ou je ne me sens pas légitime, pour écrire une chronique dessus… J’avais juste envie de dire que moi, j’aime ressentir. Parce que ressentir, ça me donne la sensation d’être vivante. J’aime quand ma colère gronde en moi tellement violemment que j’ai la sensation d’avoir un orage dans la poitrine. J’aime quand je suis tellement remplie de joie que je danse toute seule au volant de ma micra. J’aime m’émouvoir pour un rien, et sentir mon cœur se briser devant un court-métrage ou un clip. J’aime quand j’ai le cœur qui déborde d’amour pour ceux que j’aime, au point que j’ai besoin de chanter à tue-tête pour extérioriser un peu de cet amour immense qui n’a pas envie de rester enfermer. Et j’aime même quand l’angoisse ou le chagrin fondent sur moi, et que je m’écroule en larmes sur mon lit pendant des heures. J’aime toute mes émotions. Je n’ai pas envie de devoir les masquer, les cacher, ou les polir pour les adapter à une société qui a peur de ressentir.

Ressentons

Aimons

Vivons

Vivre à en crever

Hier, j’ai passé une journée à rédiger un texte pour une agence web. C’est bien payé. 6 centimes le mot. Sur d’autres sites, on est payé 5 euros l’article. Mes idéaux de poète rêveuse se prennent un pavé dans la gueule. J’essaie de voir le bon côté des choses. Certes, c’est pas le canard enchaîné, mais bon, c’est toujours ça de pris. Je suis payée pour écrire, c’est bien mon rêve de gosse, non ? Et puis, faut bien vivre.

Oui mais voilà. C’est ça vivre ? Parce qu’aujourd’hui, le point final de mes articles rémunérés me met un poing dans l’estomac. Parce que c’est pas mes mots que je vends pour 5 balles. C’est des morceaux de mon âme. C’est mes rêves de gamine. Je les enterre à coup de pavés, tout ça pour 5 balles. Pour un pinte. Enfin même pas. Les bars sont fermés. Chienne de vie.

Et parlons-en, de ça. De nos vies atrophiées. De nos vies dans un bocal, dont on heurte la paroi à chaque plan qui tombe à l’eau. Finit, les apéros. Finit, de se serrer dans les bras. Finit, la vie. Et tout ça pour quoi ? Parce qu’on flippe. On a peur de la mort, alors on arrête de vivre. On s’enferme chez nous, on se referme sur soi. On accepte. On ronchonne.

Si elle me voyait, la gamine que j’étais… Elle prendrait surement le petit air insolent qu’elle prenait parfois, quand elle trouvait ce monde si insensé que déjà à l’époque, elle avait envie de le cramer. Et puis elle me jetterait un regard qui veut tout dire. Je lirais au fond de ses yeux les espoirs qui se brisent. « C’est là qu’on va ? Tu te fous de ma gueule… »

Moi j’en peux plus de ce système. J’en ai assez de vendre mon âme, j’en ai assez de vivre dans un bocal. Je veux des feux de joie dans le bide, je veux danser à m’en évanouir, j’veux vous enlacer et avoir le souffle coupé. Moi je veux vivre à en crever.

C’est décidé. J’vais courir après mes rêves de gosse. Et si je me prends en mur, tant pis. Au moins j’aurai vécu.

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Les mots sont des armes, les mots sont des dons, les mots ne se gaspillent pas.

Pierre Bottero

Si je n’avais eu peur de rien

Ou Mes plus grands regrets

Mon amie Cécile m’a parlé de ce livre : c’est l’histoire d’une fille, la trentaine, qui n’a pas une vie forcément fantastique et qui est un peu rongée par les remords et les regrets. Dans un rêve, elle atterrit dans une bibliothèque où chaque livre correspond à une vie parallèle. Par exemple, que ce serait-il passé si elle avait choisi une option différente au lycée, ou si elle avait osé parler à ce bel inconnu…

I’d rather wish i hadn’t, than wish i had

J’adore ce thème. Et ça me fait réfléchir. Quels sont mes plus grands regrets ? J’approche de la trentaine et ma vie semble un peu décousue. Mais quand je fais défiler ma vie, je n’ai pas l’impression d’avoir tellement de regrets. Mes histoires d’amour, même celles qui laissent un souvenir amer sur le cœur, je suis contente de les avoir vécues. Quand quelqu’un me plait, je lui parle, quitte à me prendre un râteau. Je ne regrette pas une seconde d’avoir quitté mon boulot de bureau (relativement) bien payé. Je suis plus heureuse aujourd’hui, payée une misère mais pour un travail que j’aime… Mais je ne dirais pas forcément que je mène la vie de mes rêves non plus. Alors il y a bien un moment où ça a merdé…

Et plus j’y pense, plus je me dis que mon plus grand regret est sans doute d’avoir trop écouté mon conseiller d’orientation au lycée. D’avoir écouté davantage mes peurs de la précarité que mes envies.

Quand j’étais au lycée, j’adorais lire, et les cours de philo me passionnaient. Mais je n’avais pas l’impression d’être très douée pour les matières littéraires, et comme j’avais des bonnes notes dans à peu près toutes les matières, on m’a conseillé de faire S parce que « ça ouvre toutes les portes ».

Je me suis donc retrouvée en S, dans un lycée élitiste, et j’ai été absolument écœurée par les matières scientifiques, que j’aimais pourtant jusque là. Quand est arrivée l’heure de remplir nos fiches de vœux d’orientation, je me suis sentie plutôt désorientée. Je suis allée voir le conseiller d’orientation de nombreuses fois, et je suis, encore aujourd’hui, choquée par certain de ses propos. Par exemple, quand j’ai évoqué de faire un BTS dans je ne sais plus quel domaine, il m’a répondu « quand même, avec vos capacités, vous devriez au moins envisager un DUT ». Ha bon d’accord. J’ai hésité entre fac de socio, psycho ou littérature, des domaines qui me passionnent. On m’a dit que c’était des filières « bouchées », que j’allais finir caissière.

Bref. J’ai suivi mes peurs plutôt que mes envies, et d’une manière j’ai obtenu de la stabilité : un CDI pas trop mal payé en sorti de mes études. Tout le monde était content, même moi, j’vais pas vous mentir. Je m’y suis plu d’ailleurs, au début, dans cette vie. Mais très vite, elle a manqué de sens. J’ai retrouvé un mail que j’avais écrit à ce moment, 4 mois après avoir commencé mon taf :

« Parce que si je me dis que ma vie ce sera ça : me lever à 7h30 encore fatiguée tous les matins pour aller voir des gens sympas mais pas passionnants, être assise devant un ordi pendant 8h à faire du pseudo boulot pour vendre des trucs inutiles et qui vont à l’inverse de toutes mes convictions juste pour avoir de quoi payer le loyer et la bouffe, autant me flinguer tout de suite. Donc je me fais des plans dans ma tête. Je sais pas si c’est réalisable, surement que non, mais de les mettre par écrit et de t’en parler ça les concrétise un peu. »

Voilà. J’ai quand même continué ce taf pendant 3 ans. Je m’y suis créée un cocon que j’avais peur de quitter. Finalement, c’est mon corps qui m’y a forcée : j’ai fait un burnout. Sans ce burnout, je ne sais pas si j’aurais osé quitter ma zone de confort, parce que j’avais une peur terrible de me retrouver au chômage ou à la rue.

A présent, je bosse dans une association de santé mentale, je gagne vraiment peu d’argent mais j’en dépense peu aussi, et je bosse à mi-temps ce qui me laisse du temps pour jouer de la guitare, écrire, me former sur des domaines qui m’intéressent. J’ai l’impression de reprendre ma vie à zéro. De faire le point sur mes envies. Mes rêves les plus fous, mes projets professionnels irresponsables. J’ai envie de devenir écrivain, organisatrice de concert, maraichère, prof de yoga… Bref, des métiers pas super stables, mais qui me font vibrer. Je ne sais pas si j’y parviendrai. Mais je me dis que si au lycée, j’avais écouté mes envies plutôt que mes peurs, ma vie aurait été sacrément différente.

Peut-être que j’aurais fait un bac L. Option musique. J’aurais fait des études de littérature, philo ou psycho. Je serai devenu psy, organisatrice de concerts ou écrivain. Qui sait ?

Peut-être que j’avais besoin de passer par toutes ces étapes. Mais peut-être aussi que pour réussir sa vie, il faut prendre le risque de la rater. 🙂

Ode à la paresse

Ou Aujourd’hui j’ai envie de rien faire…

Rien. Rien du tout. Pourtant, j’ai plein de trucs qu’il faut absolument que je fasse. De la paperasse, un peu de taf, lire ce bouquin sur la méditation, passer des appels, organiser ma vie haaaa.

Et j’y arrive pas. J’ai vraiment envie de rien faire. Même pas des trucs que j’aime comme jouer de la guitare, me balader ou cuisiner… J’ai envie de ne rien faire du tout. Juste de rester assise sur ce canap, regarder la mer et la pluie dehors, écouter cet air de piano qu’on vient de m’envoyer. Je regarde le chien de mon coloc qui dort sur le canapé, paisible et insouciant. Je pense à mes sœurs, qui en ce moment, occupent leurs journées à se balader, cuisiner, glander. Et je réalise que j’ai beaucoup, beaucoup de mal à ne rien faire, à prendre du temps pour moi, sans me sentir coupable.

Je réalise que je suis tout le temps en mouvement. On me décrit comme « partante pour tout » ou « celle qui organise plein de trucs », parce que j’adore faire des trucs avec des gens. Sauf que j’ai du mal à m’arrêter, et je m’épuise.

Depuis mon burn-out, je ne me suis pas vraiment posée. Je suis partie au Népal une semaine après ma fin de contrat, je suis rentrée 2 semaines avant de repartir au Pays de Galle, et j’y suis restée. Je ne suis rentrée que pour rendre mon appart, c’était plutôt stressant, avant de retourner à la ferme.

Donc j’ai fait un burn out parce que mon corps et mon esprit étaient à bout, et je n’ai pas pris un mois pour me reposer. Alors certes, ce voyage, le wwoofing, m’ont permis de comprendre là où j’avais fait fausse route. Mais je crois que je n’ai pas laissé à mon corps et mon esprit le temps de repos dont ils avaient besoin après un burn out. Le temps de rien faire.

Je crois que je réalise aussi que si j’ai fait un burn out, c’est sans doute parce que ma vie ne me correspondait pas tout à fait, et j’ai eu du mal à le reconnaître. Mais c’est peut-être aussi parce que j’ai du mal à m’arrêter. Je me mets beaucoup la pression pour tout ce que je fais, y compris les choses que j’aime…

Je crois qu’il faut que j’apprenne à ralentir. Ralentir mes pensées, ralentir mes actions, ralentir ma vie.

Alors voilà, ce mois de décembre sera un mois de paresse. Un mois de canap à regarder la mer. A m’autoriser à rester un peu au lit le matin. Sans me mettre la pression tout le temps.

Un navire à la dérive

Balloté par les vents. Voilà un peu comment je me sens aujourd’hui.

Dans les bons jours, j’arrive à prendre les choses comme elles viennent. A me rappeler de ce que j’ai appris au Népal : que même quand ça parait bordélique et pas gagné d’avance, ça finit par fonctionner. Que la vie est imprévisible et que quand je laisse les choses se faire, ça se passe bien.

Dans les mauvais, j’me demande comment je me suis retrouvée dans un merdier pareil. Je regarde ma vie de loin et c’est un vrai champ de ruines. J’ai tout lâché. Mon taf, mon mec, mon appart. Je sais pas où je vais. Je sais ce que je ne veux plus. Taffer dans un bureau de 8h à 18h et parler crédit immobilier et couches sales à la pause kawa. Vivre en ville entre le béton et le goudron. Je sais un peu moins précisément ce que je voudrais. Et surtout… Comment le trouver.

C’est difficile de changer de cap quand on n’en a pas de nouveau…

Sans doute que dans un an, je repenserai à ce moment et je me dirai que j’avais pas de raisons de m’en faire. Que c’était crucial de changer de vie. Que la nouvelle me correspond infiniment mieux. J’ai hâte d’écrire l’article de blog dans lequel j’en parlerai. Mais là aujourd’hui je me sens perdue, déboussolée.

On nous apprend jamais ça. A être perdu. A prendre le temps. A accepter qu’on ne sait pas où on va. Depuis qu’on est au collège, on nous demande ce qu’on veut faire de nos vies. Depuis qu’on est gamins, on nous apprend à être organisés. Alors forcément, c’est un moment de ma vie qui me déstabilise.

How does it feel
To be on your own
With no direction home
A complete unknown
Just like a rolling stone?

Et puis y’a les gens autour. Ha, ces gens pourtant remplis de bonnes intentions… Ces gens qui veulent que votre bonheur et ne comprennent pas bien vos choix. J’apprends, un jour après l’autre, à les envoyer chier. C’est pas évident, mais j’apprends. C’est peut-être, finalement, la première chose qu’il faut que j’apprenne à faire ? Vivre pour moi.

Génération burn out

J’en ai rencontré plein pendant mon voyage au Népal. Eux qui comme moi, ont vu leur flamme s’éteindre chaque jour un peu plus, avant de ne plus réussir à se lever le matin… Eux qui comme moi ont tout plaqué et ont choppé leur sac à dos avant de sauter dans l’inconnu.

Nos histoires sont toutes différentes et similaires à la fois.

Choosing freedom over stability

En même temps, c’est un peu nimp notre société, non ? Depuis qu’on est au collège (avec notre cartable trop lourd de bouquins à la con), on nous demande ce qu’on veut faire plus tard. Après ça, on est comme happés par la spirale infernale. Trouve une formation. Trouve un boulot. Trouve ta case et reste-y bien. On nous fait un peu peur avec le chômage et la précarité, du coup on se dit que c’est pas si mal, qu’on est bien loti. On se convainc que ça va. Que c’est cool. Que ça a du sens. On achète une baraque, on s’endette sur 20 ans alors ce taf, même si il nous fait chier, même si il nous donne envie de gerber le dimanche soir, on y reste.

Et puis un jour, on craque.

On réalise que tout ça n’a aucun sens. Se réveiller tous les matins encore fatigué, passer sa journée avec des collègues plus ou moins sympa et intéressants, à essayer de vendre des trucs à des gens qui n’en ont pas vraiment besoin.

On lâche tout. Sans aucune idée d’où on va. Une seule certitude : cette vie là, on n’en veut plus. Tant pis pour la sécurité. On trouvera une vie qui a du sens. Une vie remplie de temps pour soit, pour les gens qu’on aime et pour lire et faire de la musique. Une vie où on apprend à faire pousser ses tomates plutôt que de les acheter chez Lidl en décembre. On est de plus en plus à le questionner, notre monde. A ne plus lui trouver de sens. Peut-être que c’est nous, les paumés, les bizarres, les inadaptés, qui allons inventer celui de demain. Au moins on inventera le nôtre. Et tant pis pour les autres.

Ma vie tient dans une micra

Ou quand t’es dans le désert depuis trop longtemps

J’ai quitté la ferme. J’avais besoin de distance, mais surtout, j’avais laissé pas mal de trucs en plan en France dont il fallait que je m’occupe. Notamment lâcher mon appart. Alors je suis rentrée. Le trajet en bus me donne pas mal de temps pour faire le point sur tout ce que j’ai vécu ces 5 dernières semaines. C’était intense. Incroyable. Magnifique. Dans ce bus qui m’emmène, j’ai l’impression d’être arrachée à mon paradis tout juste trouvé. De quitter une bulle.

Bim, le retour à la ville.

A peine je l’ai quittée, que la ferme me manque. Tout me manque. La vue sur la mer, la sérénité des lieux, les bars de campagne avec les habitués en pull de laine et bottes de pluie, les routes au milieu des hautes herbes, les gens… TOUT. Arrivée en ville, le bruit des klaxons, la foule, la pollution m’assaillent. Je ne me sens absolument pas à ma place au milieu de ces gens bien sapés, de ces boutiques de luxe, de ces bâtiments qui masquent le soleil et de ce béton partout. Je me sens mal.

J’ai l’impression d’avoir passé 5 semaines dans une bulle. Loin des soucis, loin des questions. Et d’y être arrachée.

Ma vie tient à présent dans une micra

Après avoir squatté intensément le Bon Coin et marketé comme une dingue tous mes meubles, j’ai enfin lâché ce putain d’appart’. Celui qui m’enchaine depuis mon retour du Népal. Cette prison. J’aurais cru que devenir officiellement nomade aurait plus de goût. Celui des cheveux au vent et de l’aventure. En fait, ça a un goût de rien. Juste un goût d’épuisement. Putain de déménagement.

Et puis le retour au bercail, un nouveau bocal

Je suis rentrée chez mes parents poser mes affaires. Hé bah le bouchon de liège n’y est pas non plus à sa place. Je croyais retrouver ici un de ces lieux sereins qui guérissent. J’y retrouve le lieu de mes angoisses adolescentes. Des crises d’angoisse de ma mère dépressive. Ce lieu qui m’avait tellement flinguée que j’me suis barrée à 19 ans pour ne plus jamais vraiment revenir. Ce lieu qui m’a fait douter que je puisse un jour être aimée. Que je puisse jamais trouver ma place dans le monde. Joie & Bonheur. Je retrouve mon moi adolescent. Je retrouve ces soirées à me cacher loin des cris et des pleurs. Je retrouve l’envie de gerber et l’angoisse des tirs croisés. Je retrouve le besoin de faire mon sac et chopper le premier bus vers l’autre bout de l’Europe.

Et maintenant ?

Maintenant, j’ai peur de tout. J’ai surtout peur de ne jamais retrouver un lieu où je me sente aussi bien qu’à la ferme. Gerald le fermier m’a proposé d’y revenir. Pour l’aider sur la ferme et aussi avec le site web etc. Bah ouais, je sais ce que vous allez me dire : mais fonce ! Et c’est ce que j’ai fait. J’ai dit ok. Mais j’ai quand même peur. Peur de retrouver ce lieu où je me suis sentie si bien, mais que ce soit plus pareil. Que je ne retrouve pas cette sensation d’être à ma place.

Je sais que je serai libre de partir si besoin. D’aller où je veux. Mais voilà, j’ai aucune idée d’où aller. C’est flippant, en fait, d’être nomade.

Putain mais elle est passée où ma vibe du Népal bordel ?

J’ai peur, parce que je ne sais pas où je vais. J’imagine qu’il y a peu de choses plus terrifiantes que quitter ses repères et sa zone de confort pour sauter à pieds joints vers l’inconnu. Je suis contente d’avoir l’opportunité de commencer cette vie nomade et inconnue par un lieu connu et serein.

Pourquoi j’ai aussi peur, putain ? Encore une fois : on peut pas la noyer, cette putain de peur ?

-> J’sais pas pourquoi tout ça m’fait penser à ça voilà. Vous remarquerez comme ce lien est superbe pour le référencement naturel, le mot « ça » étant particulièrement stratégique. #FuckGoogle

C’est pas dans un lieu que je veux revenir. C’est dans le temps. Dans ces moments de ma vie où j’allais parfaitement bien. Insouciante et confiante. Quand je savais que tout irait bien, que l’Univers veille sur moi. Comment je retrouve ça ? Comment on arrête le temps ?

J’vous tiens au jus. Je me demande bien ce que je vais écrire dans mon prochain article tient. J’me serais peut-être cassée en Sibérie. #FuckEveryone

Spleen du retour et recherche d’un idéal

Ou Comment je me suis retrouvée à planter des betteraves au fin fond du Pays de Galle.

Au Népal, j’ai appris à me laisser porter par le courant sans trop planifier, et à faire confiance à la vie. ça m’a été bien utile pour cette nouvelle aventure imprévue.

London Calling

Si vous vous souvenez bien, en rentrant du Népal, j’avais le spleen. Je me demandais ce que je foutais là et pourquoi j’étais rentrée. J’ai décidé d’aller voir ma sœur, à Londres, et j’en ai profité pour recontacter un ami de Bristol. « Ouais ramène toi », qu’il me dit, « je fais du wwoofing au Pays de Galle ».

Je ne connaissais pas le Pays de Galle, mais pour y aller, il faut traverser tout le sud du Royaume-Uni. J’ai donc fait Lyon-Londres, puis Londres-Bristol, puis Bristol-Cardiff, puis Cardiff-Haverfordwest, puis Haverfordwest-Saint David’s. ça m’a pris 2 jours, et ça m’a rappelé ma façon de voyager a Népal : d’une étape à l’autre.

Foutu Spleen

Même être à Londres n’a pas de saveur. La seule chose qui me donne envie de vivre, c’est l’idée de repartir.

Pendant ce voyage, ce foutu spleen ne me lâche pas d’une semelle. J’ai bien cru l’avoir semé au détour d’une rue de Cardiff, et puis il m’a retrouvée.

Il a finit par lâcher l’affaire à Saint David’s : ici, je commence à me sentir mieux. Déjà, le coin est magnifique. L’océan d’un côté, des dégradés de verts de l’autre. Les gens sont tous incroyablement solidaires, doux, arrangeants… En quelques heures, j’ai l’impression d’avoir été adoptée par cette communauté où tout le monde se connait et s’entraide. Le Pays de Galle me fait l’effet de ces lieux qui guérissent : à peine j’y suis, je m’y sens bien.

A poil dans la forêt

Je devais passer 2 jours à Saint David’s avant de regagner la ferme… Mais d’un imprévu à l’autre, mon pote a dû rentrer à Bristol, et la ferme dans la quelle on devait aller a annulé. Bref, c’est le bordel et je me retrouve un peu à poil dans la forêt, comme on dit. Sans plan ni pote ni endroit où dormir.

Heureusement, j’ai encore ma vibe du Népal. J’en ai parlé aux gens du coin, eux qui sont si doux et m’ont déjà un peu adoptée. On me parle de Gérald, un fermier que tout le monde semble connaître dans le coin, et qui accepte des wwoofers. Certains habitants adorables me proposent immédiatement de m’héberger le temps que je puisse contacter ce fameux Gerald.

Je suis arrivée ici par hasard et j’ai trouvé le paradis…

Voilà comment je me suis retrouvée à la ferme de Gerald, un petit paradis sur terre. Il y a d’autres wwoofers avec qui je bois des bières après le taf. Depuis la ferme, on a vu sur la mer. Dans la cuisine commune, il y a un piano et une guitare. ça tombe bien : j’avais prévu de me remettre à la musique. Je passe beaucoup de temps dehors, on se déplace à vélo ou en stop, à travers des petites rues entourées d’herbes hautes. J’ai l’impression d’être dans un monde parallèle.

Je me plais au Pays de Galle, cette terre de hippies.

C’est marrant, j’ai l’impression que la vie m’a menée ici. Que je suis arrivée ici par hasard et que j’ai trouvé mon idéal…

Je devais passer seulement 4 jours dans cette ferme, mais vous vous en doutez : je ne suis pas prête de quitter mon paradis enfin trouvé. ça fait 2 semaine que j’y suis et je ne sais pas quand je pars.

Je remercie l’Univers de m’a avoir amenée ici.

Et ton idéal ?

Avant de partir au Népal, j’avais recommencé à jouer aux Sims. J’y avais créé une sorte de monde alternatif parfait : après la fin du monde, les humains ont enfin pris conscience qu’ils avaient fait fausse route. Les survivants ont entrepris de recréer un monde qui a plus de sens : éco-construction, beaucoup d’arbres et de fleurs, des espaces naturels préservés. Les maitres mots étaient : nature, bienveillance, solidarité. Je crois que je trouvais dans ce jeu un échappatoire.

J’ai réalisé que j’avais trouvé au Pays de Galle mon monde parallèle. Ici, parler permaculture est presque normal. Ici, la nature est magnifique et préservée. Ici, pour aller faire les courses ou au pub du coin, je fais 30 minutes de vélo à travers des petites routes entourées de fleurs et hautes herbes.

J’ai plongé dans mon monde idéal…