J’ai récemment commencé la lecture d’un livre sur l’intuition. Ce n’est pas le premier que je lis sur le sujet : il y a quelques mois, ma sœur m’en a offert un, dans l’espoir que cela m’aide à prendre des décisions.
J’ai toujours eu beaucoup de mal à prendre des décisions, que ce soit pour des petites choses (est-ce que j’achète ces chaussures, etc-ce que je vais à cet événement…) ou les plus importantes (est-ce que j’accepte ce job, est-ce que je déménage…). Je me suis dis qu’essayer d’apprendre à écouter mes intuitions, ou encore, les sensations physiques que je ressens en pensant à différentes options, pourrait m’aider à faire des choix. Je me dis que je pourrais peut-être suivre les chemins qui m’appellent vraiment, plutôt que d’écouter mes peurs. Écouter mon cœur, ou mon corps, ou l’Univers, enfin bref, si quelque chose voulait bien me montrer le chemin, il suffira d’un signe, vous voyez l’idée.
J’ai des attentes élevées en lisant ce livre. En ce moment, je me sens perdue à tous les niveaux : où est-ce que je devrais habiter, qu’est-ce que je devrais faire comme boulot, bref, quelle vie je veux. Je suis tellement perdue que je ne sais pas par où commencer, et plus j’y réfléchis, plus l’angoisse me submerge. Je me retrouve paralysée. Pas facile, hein, d’écouter son cœur plutôt que ses peurs.
Le livre parle beaucoup de cerveau gauche (le cerveau disons rationnel, qui active le mode « survie » si nos besoins ne sont pas respectés), et le cerveau droit (plus intuitif). C’est très approximatif et résumé.
Aujourd’hui, j’ai eu un déclic, mais un déclic que je n’attendais pas du tout. J’ai fait un des exercices de méditation / visualisation proposés, et j’ai essayé de ressentir les différentes sensations dans mon corps. Ca a fonctionné un peu mieux que d’habitude, mais, comme à chaque fois, j’ai du mal à me défaire complètement du nœud que je ressens dans l’estomac, d’une sorte d’angoisse profonde.
J’ai aussi senti une sorte d’ouverture pour une des options à laquelle je pensais, mais immédiatement suivie de peurs. D’habitude, cette peur me frustre, et j’essaie de la faire taire, pour pouvoir me concentrer sur mes intuitions…
Seulement cette fois, plutôt que d’essayer de lutter contre cette peur, j’ai décidé de lui donner la parole. Et là, j’ai pu assister à un débat entre mon cerveau gauche et droit. Mon cerveau gauche, qui a besoin de sécurité (financière et émotionnelle), de stabilité, de confort etc, me dit :
T’es bien gentille meuf avec tes idées d’artistes, et je sais bien que si on te laissait faire, on vivrait comme des hippies, à poil dans la forêt, complètement connecté à l’art, le mysticisme et l’Univers, mais on oublierait de manger.
Ce à quoi répond mon cerveau droit : si on t’écoutait toi, on retournerait à notre vie d’avant : un CDI, un appartement, beaucoup de stabilité et sécurité matérielle, mais on crevait à petit feu.
Je réalise que c’est la première fois depuis des mois que je donne la parole à ces différentes parties de moi. Je réalise qu’en étant aussi concentrée sur l’idée d’écouter mon cœur, j’ai oublié d’écouter mes besoins. J’ai tellement envie de ne plus avoir de peurs, que j’ai oublié qu’elles étaient utiles. J’ai pris conscience que mon besoin de liberté, d’aventure, de rencontres et de créativité, est aussi important que mon besoin de sécurité, de stabilité, de confort. Pas plus, pas moins. Juste aussi important.
J’ai réalisé que j’avais du mal à prendre des décisions parce que je mets souvent ces deux parties de moi en opposition. En envisageant de m’installer en appartement quelque part, mon cerveau droit panique, parce que j’ai peur de me retrouver coincée dans une vie peu épanouissante. C’est un peu ce que je ressentais dans ma vie « CDI, appart, ville ». En envisageant de n’habiter nul part, de vivre au jour le jour, mon cerveau gauche est en mode survie, et il s’épuise, voire se paralyse. C’est un peu ce que j’ai ressenti dernièrement.
J’ai besoin des deux. C’est le déclic d’aujourd’hui. J’ai besoin d’aventure et de liberté autant que j’ai besoin de confort et de stabilité. J’ai besoin de temps créatifs autant que j’ai besoin de sécurité financière. En essayant de faire taire mes besoins, je me fais du mal, j’active le mode survie de mon être, je me retrouve paralysée.
Travailler sur mes peurs est une chose. Mai aujourd’hui, j’ai surtout appris à les écouter. Elles ont, en fait, beaucoup de choses à me dire. J’ai appris à ne plus mettre en opposition les différentes parties de moi. Elles ont toutes raisons.
Je crois que c’est, étrangement, ce que je retire de ce livre sur l’intuition : la pensée n’a pas forcément besoin d’être binaire. Il n’y a pas toujours de bonne ou de mauvaise réponse, ni de bon ou de mauvais chemin. Je peux voir un peu plus large.
Je ressors de ce déclic avec une nouvelle conviction : j’ai besoin d’un cadre stable (financièrement, émotionnellement, confortable etc), au sein du quel je puisse explorer librement ma créativité. Comme si je confiais à la partie gauche de mon cerveau les rênes de ma vie « matérielle », pour que mon cerveau droit puisse se concentrer sur ce qu’il fait de mieux : rêver.
Je ne sais pas encore, concrètement, comment je vais mettre en place ce cadre à la fois sécurisant et libérateur. Comment je vais trouver la sécurité financière dont j’ai besoin tout en ayant la liberté dont j’ai, aussi, besoin. Je sais juste que je n’ai plus envie de mettre ces besoins en opposition. Je veux les écouter, tous. Je crois que je vais aussi essayer, lorsque je ressens une envie et une peur en même temps, de leur donner la parole à tour de rôle. De discuter avec ma peur, de la prendre en compte, de la comprendre, afin de trouver un accord. Pour pouvoir apprendre à voler… Mais en vérifiant mes filets de secours.
Si rien n’a de sens, qu’au moins l’esprit s’y confronte, non ?
Muriel Barbery – l’élégance du hérisson