La chance que t’as

Coup de gueule du soir, bonsoir

Souvent, quand je parle de mes voyages (passés ou à venir), on m’encourage, on me questionne, on m’envie sans doute un peu aussi. De temps en temps, j’entends encore des trucs comme « t’as de la chance » ou bien « tout le monde n’a pas cette opportunité »…

Et je vais vous dire un truc : ça m’énerve ! Parce que je n’estime pas que je vis cette vie par chance, mais par choix. Parce que si sur le papier, ça fait rêver, dans les faits, c’est loin d’être tout rose. Et surtout, parce que j’ai énormément sacrifié au nom de ma vie actuelle, et me dire que j’ai de la chance diminue toutes les difficultés que j’ai surmontées.

Il y a 5 ans, j’avais un job confortable, stable, bien payée, un appartement sympa, et une super bande d’amis. J’ai quitté tout ça par choix. Jamais je ne dis « je ne regrette rien, depuis je vis ma meilleure vie », parce que ce serait faux. Les choses sont loin d’être aussi tranchées. Je ne regrette pas le chemin que j’ai pris, parce que globalement, je me sens mieux, plus en adéquation avec moi-même et mes valeurs… Mais par moment, c’est si difficile que j’hésite à continuer dans cette voie.

Professionnellement, j’ai quitté un job stable, confortable (un job de bureau), avec des missions intéressantes et des collègues sympas. Ces 4 dernières années, j’ai fait toute sorte de jobs, de serveuse à agent d’accueil. Certains étaient hyper chouettes, d’autres vraiment pourris. En général, je suis payée au lance-pierre pour des jobs difficiles et ingrats. Pendant la cueillette des pommes, le boulot était dur physiquement, j’étais cassée à la fin de la journée, et il fallait affronter le froid (à en avoir mal aux doigts à pleurer) ou le soleil brûlant, le tout dans une ambiance de marche ou crève et un management inhumain.

L’avantage des boulots saisonniers, c’est que le positif est intensifié, et le négatif un peu plus supportable. Par contre, je suis obligée d’accepter un peu tout et n’importe quoi, et je suis souvent traitée comme « la petite nouvelle » ou « la fille de passage », donc on me confie généralement des missions moins intéressantes, ou plus chiante. Pendant les fêtes de fin d’année, j’ai bossé dans des magasins d’un centre commercial. Les clients étaient stressés, agacés et désagréables, et mes collègues, stressées aussi, étaient souvent agressives, désagréables voire violente verbalement. J’ai détesté cette ambiance, et j’ai pleuré plusieurs fois, bien que ça n’ait duré que quelques semaines. Je me suis demandée si ça valait la peine de faire tout ça juste pour vivre la vie que je vis.

J’ai fait une croix sur ma carrière. Non seulement aujourd’hui je fais des jobs moins intéressants que ce que j’aurais pu faire, mais surtout, quand je déciderai de me poser, je ne pense pas pouvoir retourner dans mon domaine. Je ne sais pas ce que je ferai quand je me poserai, et parfois ça m’angoisse beaucoup.

Au niveau logement, j’ai habité un an dans une coloc au Royaume-Uni, ça m’a donné une sensation de stabilité. Mais à part ça, c’est dernières années, j’ai vécu à droite à gauche. Logement contre travail (wwoofing ou travail saisonnier logé), dans le camion aménagé d’une copine qu’elle m’a prêté 2 mois, ou dans ma tente… J’ai passé tout un été dans une tente, à aller de camping en camping. ça fait rêver comme ça, l’aventure, le plein air, mais un ami m’a prêté son apport une semaine et j’ai cru revivre : avoir une cuisine pour se faire à manger, dormir dans un vrai lit… Le bonheur…

J’ai aussi beaucoup squatté la maison de mes parents. Outre le complexe que ça génère en moi, c’était parfois, là aussi, très dur. Ne pas avoir de logement à moi me met dans une situation de précarité. Ma mère ayant tendance au chantage émotionnel, elle en a usé quand j’habitais avec elle. Pendant les jobs nourri-logé, perdre mon job signifie me retrouver à la rue.

Mes amitiés sont aussi, pour la plupart, moins profondes que quand j’étais sédentaire.

Au global, donc, mon mode de vie a généré beaucoup d’instabilité, de précarité et d’anxiété dans ma vie. Il y a des moments merveilleux, d’autres plutôt sympas, et d’autres vraiment horribles.

Oui, j’ai de la chance… Mais ni plus ni moins qu’un autre.

Bien sur, quand après une journée de boulot au camping, je retrouve l’équipe de saisonnier dans notre cuisine commune pour jouer aux tarots, que j’ai vue sur un lac depuis mon logement saisonnier, que j’admire le coucher du soleil sur la mer du Pays de Galle, que je joue de la musique autour d’un feu de camp avec des amis, j’ai de la chance.

Bien sur, j’ai aujourd’hui plus de temps libre pour mes amis, mes loisirs, pour me reposer.

Mais à quel prix ?

Je ne me vois absolument pas retourner à ma vie d’avant. ça me parait inconcevable : me lever tous les matins à la même heure, passer toutes les journées au bureau, et tout mon temps libre à faire mes courses et la lessive, avoir vue sur des immeubles et respirer des hydrocarbures en allant chercher mon pain… Les embouteillages, courir tout le temps, le stress quotidien, la violence du monde du travail, les collègues blasés…

Voilà, un bien long article pour rappeler que derrière les jolis photos insta, il y a tout ce qu’on ne dit pas. Combien de tendinites, des crises d’angoisses, d’insomnie, de mal de dos, de larmes, pour arriver à ce coucher de soleil sur une plage ?

Je lève mon verre à ma bonne fortune : la chance que j’ai, c’est d’avoir osé.

Les batailles invisibles

Réapprendre à mettre les pieds dans l’eau

En ce moment, je lis un bouquin d’Heroic Fantasy, et les personnages y font références à certains traumatismes (la guerre, être emprisonné, etc) et le syndrome post traumatique qui en découle. J’ai trouvé ça intéressant, parce que j’ai l’impression d’avoir lu peu de bouquins de fantasy qui abordent le sujet.

Il y a un échange que j’ai trouvé particulièrement beau entre le personnage principal (dont le trauma principal est d’avoir été enfermé plusieurs mois dans un cachot miteux sans fenêtres) et sa sœur (qu’on a failli noyer).

Feyre explique qu’elle a parfois du mal à respirer lorsqu’elle est dans un endroit exigu. Sa sœur lui répond qu’elle n’arrive plus à prendre de bain, elle doit se laver à l’éponge. Après un silence, Feyre dit à sa sœur « je ferai réaménager ta salle de bain ».

Je trouve qu’il y a beaucoup de douceur dans la brutalité de ce bouquin. Des personnages écorchés qui respectent leurs blessures et celles des autres.

Je me suis dit qu’on ne demanderait jamais à quelqu’un traumatisé par un enfermement d’être okay à l’idée de vivre dans une chambre sans fenêtre. On pourrait imaginer que cette personne ait envie de vivre dans une pièce lumineuse, avec de nombreuses ouvertures. A la limite, on pourrait espérer que cette personne soit un jour capable capable d’aller chercher une bouteille de vin à la cave sans faire de crise d’angoisse. Peut-être que ça serait à jamais au-dessus de ses forces. Peut-être qu’elle arrêterait de boire du vin – et qu’elle boirait du Gin. En gros, trouver un équilibre pour se sentir en sécurité vis-à-vis de ses traumatismes, sans laisser son passé handicaper son présent.

Et puis je me suis dit : imaginons maintenant quelqu’un qui adorait nager, et développe une phobie de l’eau après une noyade. Plus complexe. Là, le trauma lui enlève quelque chose qu’elle aimait avant. Là, peut-être que cette personne va travailler davantage sur ses peurs. Peut-être un jour arrivera-t-elle à mettre ses pieds dans l’eau, voir à refaire quelques brasses. Et cette victoire sera célébrée. Ou peut-être que cette personne ne dépassera jamais ses peurs, et se mettra plutôt à la rando. Après tout, la terre ferme, c’est sympa aussi.

Mais voilà… Qu’en est-il des traumas invisibles ? Je n’ai jamais été enfermée dans un cachot sans fenêtre, mais j’ai aussi des traumas. Je n’ai jamais entendu de bombe exploser à quelques mètres de ma maison, mais j’ai aussi du PTSD.

Mes traumas à moi, c’est les cris, la violence verbale quotidienne, l’insécurité psychologique, et les moqueries des autres. Aujourd’hui, je n’ai pas peur de prendre de bain, mais j’ai peur des conflits, des gens qui haussent la voix, de m’exprimer librement, ou même, parfois, d’être moi. J’ai peur qu’on me trouve bizarre, en décalage. J’ai une peur terrible de perdre ma sécurité financière, ou plus encore, mon toit. J’ai grandi avec l’idée que pour avoir droit à un toit, je devais me mouler dans le rôle qu’on attendait de moi. J’ai grandi convaincue que tout ce que je disais pouvait provoquer de la violence, j’ai grandi dans l’hypervigilance, j’ai grandi avec la croyance que le monde se porterait peut-être mieux sans moi, et que j’étais la raison de la souffrance de ma mère.

Aujourd’hui, je me critique en me demandant pourquoi après 2 ans de thérapie, j’ai encore parfois des blocages. Pourquoi j’angoisse à l’idée de partir sac au dos à l’autre bout du monde, pourquoi j’ai si peur de prendre des décisions, pourquoi je doute de moi constamment. Pourquoi la vie de couple ne me fait pas rêver, avoir des enfants, encore moins, pourquoi j’ai aussi peur de m’engager que d’être abandonnée.

Difficile de savoir, au milieu de tout cela, ce qui vient de mes traumas et ce qui est mon essence à moi. Est-ce que j’ai peur de me poser à cause de mes traumas ? Est-ce que j’ai peur de voyager à cause de mes traumas ?

Je crois que mes envies aujourd’hui sont : voyager, vivre libre, développer ma créativité. Pendant des années, je les ai enfermées, je me suis créé une vie stable et sécurisante. Et puis j’ai éclaté en mille morceaux.

Aujourd’hui, je réapprends à mettre les pieds dans l’eau. Je m’en veux encore d’avoir peur des vagues. J’oublie parfois ce que j’ai vécu, parce que mon PTSD est invisible. Je crois qu’on devrait parler un peu plus du PTSD, parce que je crois qu’on est bien plus nombreux qu’on le pense à en souffrir. Il n’est pas réservé aux vétérans de guerre.

Le minimalisme en voyage… Enfin le mien

Ou comment voyager avec 3 slips et un foulard

Je fais de la rando et du trek depuis des années, et je déteste porter un sac lourd. Peu importe ce que je mets dedans ou l’extrême légerté de son poids, il y a toujours un moment où je le trouve trop lourd. Du coup, j’ai beaucoup squatté les forums de la randonnée légère, et je pars toujours aussi léger que possible. J’ai bien plus de mauvais souvenirs liés à un sac trop lourd qu’à quelque chose qui m’a manqué.

On porte ses peurs, dit-on souvent, et je crois qu’il y a beaucoup de vrai.

Mais surtout, je crois que ce que j’ai appris en voyage, c’est que parfois le manque oblige à être créatif, à demander de l’aide (et accepter d’en recevoir). Ne pas être prêt à tout permet de devenir adaptable à tout. Par exemple, je suis partie en trek en Finlande pendant 2 semaines. Mon sac pesait 8kg, matériel de camping inclus. Par contre, mon duvet n’était pas assez chaud et je me les caillais la nuit, même en mettant tous mes vêtements sur moi… Et je déteste avoir froid. ça m’a bien gonflée, mais ça ne m’a pas pourri le voyage, qui reste un des plus beaux de ma vie. Mais surtout, au bout de quelques jours, j’ai acheté un plaid polaire a 2€ que j’ai glissé dans mon sac de couchage et… Miracle : je n’avais plus froid.

Au Népal, je suis partie avec comme vêtements chauds uniquement une polaire fine… Et mon plaid polaire acheté en Finlande (je crois que je l’avais associé à ma survie). Je n’ai jamais utilisé le plaid polaire, dont j’ai d’ailleurs fait don, par contre, je me les caillais le soir. Il faisait bon la journée, mais le soir, beaucoup plus froid que ce que j’avais prévu (oups). Du coup, j’ai fait le tour des échoppes et j’ai dégotté une grosse polaire et un legging. Le tout était d’une laideur extrême et très mal coupé… Mais l’expérience d’acheter des vêtements dans des échoppes typiques était mythique. Et puis, quelques jours plus tard, un ami rencontré là-bas m’a offert un châle en laine avec des motifs et des coloris magnifiques. ça a été le coup de foudre, je ne me suis plus jamais séparée de ce châle et, aujourd’hui encore, 4 ans plus tard, c’est de loin l’un de mes objets préférés. Je le trouve beau, il me tient chaud, il me rappelle mon voyage, et surtout, il me rappelle que tout ira toujours bien. Si j’ai froid, un ami m’offrira un châle.

Bon, cela dit, j’étais bien contente d’avoir empaqueté un comprimé d’imodium quand j’ai choppé une tourista ultra-violente. Certes, j’ai dû aller à la clinique de toutes façons, où ils m’ont donné d’autres médocs, mais disons que pour le trajet jusqu’à la clinique, l’imodium m’a sauvé la mise.

Au bout d’une semaine, mon sac pourtant léger me paraissait déjà trop lourd. J’ai donné une partie de mes affaires, dont ma lampe frontale (rassurante mais parfaitement inutile pour mon voyage). 2 mois plus tard, en trek dans l’Himalaya, tout mon groupe part avant le lever du soleil pour y assister depuis le point de vue. Je les suis, et devinez ce qui m’aurait été bien utile : une lampe frontale. Mais guess what, ça ne m’a pas manqué, je me suis calée entre deux marcheurs équipés.

En écrivant ces mots je me dis : est-ce que voyager léger fait de moi un parasite qui squatte les lampes frontales et les châles des autres ? Aha. Sans doute. Je crois que c’est illusoire de vouloir être complètement indépendant. On a besoin des autres. Aider est gratifiant, ne l’oublions pas.

Le dernier point important pour voyager léger, à mon avis, c’est d’adapter le contenu de son sac. Par exemple, avant de partir en trek, j’ai acheté un bonnet et une écharpe, parce que là-haut dans les montagnes, ça caille. J’aurais pu acheter une frontale, me direz-vous… Bref. Il y avait un café à Pokhara qui avait un coin « second hand », où j’ai pu acheter ce qui me manquait et le revendre ensuite.

Et quid des souvenirs

C’est, finalement, le plus dur à laisser, selon moi. J’ai ramené du Népal un sac entier de souvenirs glané au fil de la route : du thé, des épices, des vêtements… Pas très minimaliste, n’est-ce pas. J’avais au moins le double de poids au retour qu’à l’aller. J’ai ramené surtout pour mes proches. Je crois que c’était une façon pour moi de les inclure dans ce voyage que je me trouvais chanceuse d’avoir pu faire. Peut-être, du coup, pour apaiser une part de culpabilité ? J’en ai ramené aussi beaucoup pour moi, pour emmener avec moi, je crois, un peu de Népal.

Je me suis sentie si incroyablement bien, sereine et libre au Népal que j’avais une peur terrible d’oublier cette sensation en rentrant. C’est aussi un pays qui m’a touchée, et que j’avais envie d’emmener avec moi au retour. Du coup, j’ai blindé mon sac d’épices et autres souvenirs en tout genre. Pour être honnête, les choses que j’ai ramenées du Népal sont aujourd’hui mes préférées, et je les ai toutes gardées. J’ai adoré cuisiner avec mes épices, préparer du chaï chez moi et le faire découvrir aux autres, et un pantalon en coton acheté là-bas est devenu mon fétiche, que j’ai porté jusqu’à ce qu’il soit vraiment trop déchiré et irréparable.

En rentrant du Royaume-Uni, j’ai ramené mon Gin préféré. Je l’ai savouré jusqu’à la dernière goutte, et chaque verre me rappelait de beaux souvenirs.

Je lis toujours sur les blogs de voyage minimalistes de faire une croix sur les souvenirs, et c’est évident que c’est la seule façon de voyager vraiment léger au long court. Je suis rentrée en France après le Népal, donc avoir un sac chargé n’était pas grave. Si j’avais continué mon voyage, ça aurait été une autre histoire.

Je n’ai donc pas la réponse à cette question. En vérité, je n’ai pas la réponse non plus concernant le minimalisme, que ce soit en voyage ou dans la vie. J’aime la légerté et la simplicité, mais porter un vêtement du Népal, ou mon gros pull chaud quand il fait froid, m’apporte de la joie. Je me dis qu’une solution pourrait être d’envoyer à ses proches quelques souvenirs glanés sur les routes, pour les trouver à son retour.

Tu te poses quand ?

Ou Google est ton ami

Hier soir, j’ai googlé « suis-je trop vieille pour voyager ? »

… No comment …

Ou plutôt, si, justement, commentons. Qu’est-ce qui a bien pu me pousser à demander à un moteur de recherche si je suis trop vieille pour voyager ? What da fuck, comme on dit. Qu’est-ce que Google en sait, honnêtement ?

Le truc, c’est qu’on peut tout demander à Google, y compris « que devrais-je porter avec un pantalon vert émeraude » – une autre de mes recherches récentes. Pour quelqu’un qui a du mal à prendre des décisions seule, c’est assez addictif. « je vais mettre un tee-shirt noir, c’est Google qui l’a dit ».

Je crois qu’en fait, j’avais surtout besoin d’être rassurée. Je projette un long voyage, et je suis prise en sandwich entre mes peurs et mes « je devrais ». Sur un fond de tic tac d’horloge biologique, mon cerveau me répète ce mantra « tu vas avoir 32 ans, bordel, tu devrais te trouver un appart et un job stable. Là tu vas juste aller dilapider tes précieux sous dans un billet d’avion… Et si t’étais malheureuse là-bas ? Quel gâchis ».

Voilà, bienvenue dans les coulisses de mes pensées. Dans les coulisses des blogs de voyage avec des photos de voyageurs épanouis sur des plages exotiques.

Bref. Google est mon ami, et me l’a prouvé hier soir encore. A mon besoin de réassurance, Google a répondu par des tas d’articles de blogs qui traitent du sujet. Guess what? Je ne suis pas la seule à sentir cette pression. J’ai retrouvé sur ces blogs les mêmes genre de peurs et de doutes. Pour les femmes, c’est presque pire. On est censée être plus raisonnables, plus posées, et, à en croire la moitié des films Hollywoodien, rêver au grand amour, au prince charmant, et à la voie sacrée de la maternité. Comment osez-vous remettre en cause l’ordre sacré ?

Je me rends compte que beaucoup de peurs viennent de notre entourage, ou de croyances qu’on a emmagasinées depuis l’enfance. Par exemple, j’ai le vague souvenir d’entendre mon père dire à propos de sa sœur, qui ne veut pas d’enfants : « c’est surement son mec qui l’a convaincue. C’est naturelle pour une femme de vouloir des enfants, et quand elles n’en ont pas, je suis sure qu’elle finissent par le regretter ». Hop. Inscrit dans mon cerveau de gamine de 8 ans. Ou bien ma grand-mère, il y a 3 ans, quand je faisais du Wwoofing au Pays de Galle et que je retrouvais le sourire après un burnout qui me l’avait volé. « Mais tu reviens quand en France ? Parce que tu sais, tu as quand même bientôt 30 ans, il faudrait penser à te poser ». Ou encore des amis qui me disent « tu vas avoir un trou sur ton cv, tu devrais faire attention ». A ces derniers, j’aimerais d’ailleurs préciser qu’à tous les entretiens d’embauche que je passe, on souligne ma capacité d’adaptation et ma débrouillardise plutôt que mon instabilité 😉 Question de point de vue, finalement. Tiens, j’ai fait une faute de frappe, ça a écrit point de vie. C’est joli, point de vie.

Même mes psy en rajoutent. Parce que oui, mon manque de stabilité doit forcément venir de mes traumas. J’ai donc eu droit à des petites phrases comme « quand vous arrêterez-vous ? » ou bien « que fuyez-vous ? ». Des phrases à deux balles de psy de comptoir qui se sont inscrite dans mon cerveau de gamine de 30 ans. J’ai un problème, il faut que je me soigne, il faut que je me pose.

J’en étais tellement convaincue que je suis allée voir une autre psy pour qu’elle m’aide à comprendre ce qui cloche chez moi. Je me rappelle lui avoir raconté mon voyage au Népal, qu’elle ait trouvé ça super, et lui avoir dit « oui mais je crois que si je voyage autant, c’est parce que c’est lié à mes traumas d’enfance. L’ambiance à la maison était horrible et ma mère m’a foutue dehors. J’ai l’impression que je suis partie pour fuir ». Et elle m’a répondu « mais alors, c’est une chance… ». Je ne m’étais pas attendue à cette réponse. Je pensais qu’il fallait me réparer… Je n’avais pas envisagé qu’être ce que je suis peut simplement être ok, voire une chance…

Et en fait, hier soir, pendant quelques éclairs de lucidité typiques de l’insomnie, je me suis demandée combien de mes peurs et de mes « je devrais » étaient en vérité miens. Et surtout, si j’arrive à les enlever, que reste-t-il ? Quelle réponse à la question « de quoi ai-je envie » ? Mon âme dénudée de croyances et peurs accumulées pendant des années, à quoi ressemble-t-elle ?

J’aurais aimé que mes psys m’aident à travailler sur mon anxiété, mes peurs, qui parfois sont si paralysantes que je n’ai plus envie de voyager, ou que je préfère rester dans un job qui me bousille que je partir. J’aurais aimé qu’on me demande comment je vais en ce moment plutôt que où je me vois dans 10 ans. J’aurais aimé qu’on m’insuffle de la confiance en la vie, de la sérénité.

Je me suis aussi demandé pourquoi certaines personnes de mon entourage s’autorisent la liberté de juger ma façon de vivre, ou même s’imaginent savoir mieux que moi ce qui est bon pour moi ? C’est extrêmement prétentieux de s’imaginer que l’on sait mieux que quelqu’un ce qui est bon pour lui/elle.

Je me suis dit que c’était surement une forme d’inquiétude liée à l’amour qu’ils me portent. Ils veulent le meilleur pour moi, que je sois heureuse. Je crois qu’ils me font aussi porter le poids de leurs propres angoisses. Leur vision de la vie, sans doute formatée par les peurs et croyance de leur entourage. Prendre des assurances tous risques, épargne retraite, sécuriser son patrimoine… Être en sécurité et prêt à toute éventualité. L’est-on jamais vraiment, cela dit ?

Je crois qu’il y a aussi une part de jalousie. Ceux qui en lisant mes emails se disent « oh putain elle a la belle vie elle », qui aimeraient faire pareil mais ont peur. Peur de l’instabilité, de manquer, de l’inconnu, de ne pas être responsable. C’est plus facile de dire « elle fait n’importe quoi cette gamine immature » que de se demander « est-ce que je vis la vie que je voulais vraiment ».

Heureusement, il y a aussi tous les autres. Ceux qui m’écoutent et me soutiennent, quelques soient mes projets. Qui me rassurent quand je doute, qui m’encouragent à prendre des risques. C’est sur eux que je veux me concentrer. C’est finalement à eux qu’est dédié cet article. Merci d’être là, et de m’autoriser à être moi. ❤

Marie Kondo, minimalisme et moi

3 slips, une guitare et un futon, c’est tout ce dont tu as besoin.

Je viens de terminer le livre de Marie Kondo. Je n’étais pas sure d’aimer, parce qu’un livre qui s’appelle « La Magie du rangement », ce qui me faisait moyen rêver, et aussi parce que je me reconnais rarement dans les articles sur le minimalisme.

Et pourtant, contre toute attente, j’ai adoré ce bouquin. Pour moi, ce n’est pas une méthode pour ranger, mais une philosophie de vie : ne garder que ce qui vous apporte de la joie. Si on applique ce principe à tout dans notre vie, j’imagine qu’on va vers une vie plus heureuse, plus à notre image. J’imagine que si on prend l’habitude de conserver des objets que l’on aime pas, que ce soit par peur, par culpabilité ou parce qu’on s’accroche aux souvenirs qu’on lui associe, on risque de faire de même dans la vie.

Je me suis rendue compte que j’avais déjà Marie-Kondisé ma vie au retour du Népal. Quand je suis rentrée du Népal, mon appart qui me semblait clean et rangé en partant me semblait beaucoup trop chargé. J’ai ouvert le placard dans lequel j’avais stocké les affaires conservées, et j’ai eu l’impression de suffoquer. Pendant 2 semaines, je n’ai pas touché au contenu de mes armoires, j’ai continué à vivre de mon sac à dos… J’ai réalisé qu’au Népal, j’étais heureuse et sereine avec le contenu de mon sac 30L. Peut-être que je n’avais pas besoin de plus ?

Je faisais souvent des ménages de printemps, mais là c’était différent : au lieu de donner ce dont je ne voulais plus, j’ai gardé ce que j’aimais vraiment. Et finalement, la méthode M.K, c’est ça : ne pas se focaliser sur ce qu’on doit jeter, mais sur ce qu’on veut garder. Et ça change tout.

Quelques semaines plus tard, j’ai quitté mon appart. Grâce à mon tri minutieux, tout ce que je possédais tenait dans ma voiture, j’étais super fière de moi, ça me paraissait si peu.

Malgré tout, j’ai gardé un carton « maison », qui contenait une grande casserole, mes verres préférés, un plaid etc. Je le gardais « pour quand j’aurais un logement fixe ». J’ai aussi gardé 2 sacs remplis de vêtements de bureau, même si je ne les aimais plus, au cas où je veuille reprendre un job de bureau. Donc pendant 3 ans, j’ai gardé un carton lourd, fermé au scotch, et deux sacs de fringues dans ma bagnole. Je n’en ai jamais eu besoin, je ne savais même plus ce qu’ils contenaient, mais je m’étais habituée à ce qu’ils soient là… Autant vous dire que ça m’a surement coûté plus cher en essence que si j’avais racheté une casserole une fois que j’avais un logement stable, ou un chemisier si je reprenais un job de bureau.

Ne vous méprenez pas : je ne suis pas vraiment minimaliste. Je suis hyper attachée à mes objets, et même si je possède peu, j’aime bien le confort, mes hobbies, etc. Mais effectivement, tout ce que je possède m’apporte de la joie, ou m’est utile. Tout est aussi rangé au même endroit, donc si j’ai besoin de quelque chose je sais toujours où le trouver. Par exemple, j’ai une boite à chaussures qui fait office de « pharmacie, cosmétiques, salle de bain ». Donc quand j’ai besoin de crème solaire, de pansements, d’un médoc… Je sais toujours où chercher. Idem pour les affaires de bureau, j’ai une boite à chaussure qui contient du scotch, des ciseaux, des timbres…

Même si le livre n’en parle pas, j’ai aussi trié mon disque dur externe et les fichiers de mon ordi. En fait, je me rends compte que je suis conditionnée pour garder les choses. J’avais des tas de photos, de films « à voir un jour », de musique « à écouter un jour », de billets de concert et d’avion en souvenir, stockés sur mon disque dur. Finalement, je ne me rappelais même plus de ce contenu. Du coup, j’ai gardé le minimum de photos : celles qui me donnent un petit sourire quand je les regarde ou me font chanter le cœur. J’ai gardé les quelques films que j’ai regardé plusieurs fois et que j’aimerais revoir. Et… C’est tout.

Chacun fait ce qui lui plait, c’est bien connu, mais personnellement, je me sens incroyablement plus légère et heureuse quand je possède peu. Et soi dit en passant… J’ai depuis donné tous mes verres, ma casseroles et mes chemisiers 😉

Par contre, j’ai fait quelque chose que Marie K désapprouve (haaaan) : mes vêtements sont rangés par type. J’ai des vêtements pro, des vêtements de maison / yoga, et des vêtements de outdoor / bricolage. J’ai essayé la méthode MarieKon, de ne pas les trier, mais ça ne m’a pas plu du tout. Mon système me convient à merveille. Je ne me pose jamais de question : quand je bosse, je prends la pile boulot (ou outdoor si je bosse dehors), et chez moi, la pile yoga.

A noter que j’ai aussi, depuis longtemps, adopté la méthode Steve Jobs, aka de l’uniforme. Par exemple, pour les vêtements pro, j’ai 2 pantalons noirs simples (les mêmes), 4 tee-shirts manches longues noirs et 4 manches courtes, et un pull noir. On pourrait se dire que c’est d’un triste, cette grade robe, et je pense qu’elle ne conviendrait pas pour quelqu’un qui aime exprimer son style et ses humeurs avec ses vêtements. Mais moi, ça me prend la tête, de choisir, alors comme ça, je me sens bien =) Encore une fois, je crois que chacun doit trouver son point d’équilibre, son fonctionnement. J’ai énormément tâtonné pour arriver à ce fonctionnement, et il est possible que dans un an, j’en change ^^

Si vous voulez creuser le sujet, j’ai aussi écrit « le minimalisme en voyage… Enfin le mien« .

Encore un matin, lendemain d’insomnie

Ou la maltraitance psychologique

Pour la troisième fois cette semaine, je me suis endormie tard dans la nuit. Pourtant, j’essaie de faire tout ce qu’il faut pour trouver le sommeil : yoga en rentrant du travail, lecture plutôt qu’écrans, huiles essentielles apaisantes etc. Quand je pose mon livre et éteint la lumière, je ne me sens pas ensommeillée, mais en tension. Mon cœur bat tellement fort que je l’entends. J’ai l’estomac noué, les muscles contractés. Je suis assaillie d’un million de pensées. Je me concentre sur ma respiration, essaie d’accepter mes émotions, rien n’y fait.

Mes pensées tournent en boucle sur un seul et même sujet : mes parents, et mon enfance.

Ça fait un moment que j’ai la sensation qu’il y avait sans doute un problème dans la façon dont j’ai grandi, mais j’ai mis très longtemps à mettre des mots dessus. Quand j’étais ado et que j’en parlais, on me répondait « tu fais ta crise d’ado » ou encore « c’est compliqué les relations mère-fille ». Cela appuyait mes croyances que la violence dans laquelle je grandissais était normale, voire qu’elle était de ma faute. J’étais simplement une ado colérique et chiante, donc normal qu’on me crie dessus.

A 19 ans, je suis partie de la maison. Je suis partie en emmenant avec moi ma souffrance, ma colère et mes doutes, bien profondément enfouis au fond de moi. Je suis partie en culpabilisant de laisser mes petites sœurs aux mains de ma tortionnaire. Je suis partie, je crois, par instinct de survie. Pendant 10 ans, je n’ai quasiment plus parlé de ma mère à personne. Et puis à 28 ans, j’étais en burnout au travail, et on m’a conseillé d’aller voir une psy. Je pensais qu’on parlerait du boulot, mais il se trouve qu’on a commencé à parler de ma mère… Elles sont marrantes, ces psys…

J’étais septique d’aller voir une psy. Je me demandais si j’étais légitime car, après tout, je n’avais pas de « vrais problèmes ». Pourtant, au fil des sessions, j’ai pu commencer à mettre des mots sur mes ressentis. J’ai entendu « ce n’était pas de votre faute » pour la première fois. Des mots guérisseurs, salvateurs. J’ai commencé à comprendre que j’avais vécu des trucs pas terribles dans mon enfance, que j’avais des traumas. J’ai retrouvé quelques bribes de souvenirs, mais surtout des émotions : de la peur, de la souffrance.

J’ai peu de souvenirs de mon enfance, donc c’est difficile pour moi d’expliquer ce qui m’est arrivé, et c’est encore plus difficile de me l’avouer à moi-même. Je me souviens surtout de mon adolescence, pendant laquelle elle me disait presque quotidiennement que j’étais horrible, insupportable, une « fouteuse de merde », et qu’elle voulait que je parte de la maison. J’ai grandi avec la croyance que la vie est mieux sans moi. Je me souviens aussi de ses crises de colère violentes extrêmement fréquentes, je me souviens de me terrer avec ma sœur dans sa chambre, collée l’une à l’autre, effrayées, attendant le moment où la porte s’ouvrirait sur le visage haineux de ma mère, sur ses mots cruels et sa violence.

Pendant longtemps, j’ai conservé une relation plutôt cordiale avec mes parents, même si je sentais que mon corps était sous tension dès que ma mère était dans les parages. Son grand truc, il y a quelques années, ça a été de vouloir nous faire des câlins parce que « ça aide contre la dépression ». Vous noterez que si elle s’est mise à être affectueuse envers nous, c’est d’abord pour soigner sa dépression, avant d’être par amour. Bref. Je me suis forcée à la laisser me prendre dans mes bras, même si mon corps hurlait intérieurement. Pour moi, un câlin de ma mère, c’est un supplice. Mon cerveau, plus fort, me disait « fais ce qu’elle te dit, sinon on va être en danger ». Ça résume finalement bien l’état dans lequel je suis dès que ma mère est dans les parages. Mon corps se met en état d’alerte, je me sens tendue, mais je me coule dans le moule de la fille gentille et aimante, car j’ai terriblement peur de lui dire « non », de fixer la moindre limite, de peur qu’elle se sente rejetée.

L’hiver dernier, comme j’étais à la dérive professionnellement, je suis allée voir une kinésiologue qui m’a dit « votre mère était en souffrance, vous étiez son souffre-douleur, et votre père était un spectateur passif ». J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Comme si une souffrance que j’avais ignorée pendant si longtemps était enfin entendue. Elle m’a conseillée d’en parler avec mes parents. J’ai imaginé cette conversation et j’ai rédigé des lettres des dizaines de fois, sans parvenir à en rédiger une qui me satisfaisait. J’avais peur de blesser mon père, mais plus encore, j’avais peur du déni de ma mère. Je commençais tout juste à mettre des mots sur mon histoire, et j’avais peur qu’elle le tourne à la dérision, qu’elle nie, qu’elle m’ignore… Comme elle le fait souvent. Alors j’ai continué à faire ce que je fais de mieux : j’ai enfermé ma colère et ma souffrance.

Enfin bref. Cet été a été le plus bel été de ma vie. J’ai travaillé dans un camping, entourée de gens bienveillants, drôles, gentils, sensibles. Je me suis sentie heureuse, sereine et aimée, et c’est une sensation suffisamment rare pour moi pour que je le remarque, que je le savoure.

Je me suis liée d’amitié avec quelqu’un de chouette. Il a remarqué que je sursautais beaucoup, au moindre bruit, ou même lorsqu’on était proche et qu’il esquissait un geste pour prendre sa gourde. Un jour il m’a demandé « tu as été maltraitée dans ton enfance ? » et ses mots se sont plantés en moi. J’avais envie de répondre « oui »… Pourtant, je n’ai pas été frappée… Alors je n’ai rien dit.

Quelques mois plus tôt, j’avais écouté un podcast sur une fille qui avait été violentée dans son enfance, et j’ai remarqué que je partageais pas mal de ses « symptômes » d’aujourd’hui, notamment l’hypervigilance. J’ai commencé, pour mieux comprendre ce que j’avais vécu, à le comparer à une violence physique. C’était beaucoup plus facile pour moi de comprendre les émotions que cela soulevait. J’ai donc commencé à voir les choses ainsi : je suis une survivante de maltraitance. La violence psychologique étant sournoise, le comparer à de la violence physique m’aidait à mieux me comprendre.

Ce plus bel été de ma vie a été sans doute le pire de celui de ma petite sœur. Sa santé mentale a commencé à sombrer : mutilation, pensées suicidaires, séjour en HP… Le cocktail parfait pour un été de merde. Elle a décidé de couper les ponts avec mes parents pendant quelques temps, parce que leur contact était un des déclencheurs de ses crises. Quand elle l’a annoncé à ma mère, celle-ci m’a appelée, et j’ai fait l’erreur de décrocher. Elle m’a balancé à la tronche sa souffrance, sa frustration, elle m’a dit qu’on était cruelles de soutenir ma sœur, qui est « malade », dans une telle décision, et que c’était injuste parce qu’elle n’a rien fait de mal. J’ai passé ma soirée à pleurer, à me sentir incroyablement mal. Et puis je suis sortie de ma chambre, j’ai rejoint mon équipe de saisonniers en or au bar, j’ai repris goût à la vie, et je me suis dit qu’il fallait vraiment que je mette de la distance entre ma mère et moi.

Quelques semaines plus tard, ma sœur a proposé à mes parents de faire une thérapie familiale. J’admire son courage : elle leur dit tout haut ce que toute notre fratrie pense tout bas. Mes parents sont dans le déni. Ils lui répondent qu’ils ne comprennent pas ce qu’ils ont fait de mal. Lors d’une crise, ma mère a dit « j’aurais dû être plus dégueulasse avec vous, on aurait peut-être une meilleure relation ». Mon père a dit « on aurait dû vous élever à coups de trique, au moins on comprendrait aujourd’hui pourquoi vous nous en voulez ». Eh oui, pas de violence physique, alors de quoi nous plaignons-nous ?

Bref. Récemment, j’ai pris la décision de partir en Australie pour un an. J’ai décidé d’aller dans ma maison d’enfance, où vit mon frère et où mes parents ne vont que très rarement, le temps de vendre ma voiture tout en économisant un peu et préparant mon voyage. Je n’étais pas sûre que ce soit une bonne idée du tout, mais je ne savais pas bien quoi faire d’autre. Louer un appartement pour 2-3 mois le temps de préparer mon voyage me paraissait compliqué. Alors me voilà depuis 3 semaines dans cette maison. Je travaille à temps plein et, pendant mes jours de congés, je prépare mon voyage, je mets ma voiture en vente, etc.

C’est à ce moment là que ma mère décide de nous rendre visite, parce qu’elle a des rendez-vous en ville. J’appréhende immédiatement son séjour ici. Au début, tout se passe bien. Un peu trop bien, même : elle est aux petits soins avec moi, elle est mielleuse. Je n’arrive pas pour autant à calmer la nervosité qui m’habite quand elle est dans les parages et, comme d’habitude, je suis tiraillée entre le besoin de me protéger d’elle, et la peur qu’elle ressente ma distance et que ça déclenche sa colère.

Et ça n’a pas loupé. Un soir, je suis rentrée du travail et je suis allée dans ma chambre pour bouquiner. J’ai entendu ma mère rentrer, et je l’ai entendu hurler sur mon frère. Je ne savais pas ce qui se passait, mais ça m’a immédiatement mise en état d’alerte. J’ai commencé à écrire dans mon journal pour essayer d’apaiser mon stress, quand elle est venue toquer à ma porte. Elle l’a ouverte avant que je réponde, le visage haineux, le regard mauvais. Elle m’a déversé sa haine à la tronche : nous sommes des enfants ignobles de la rejeter alors qu’elle fait tout pour nous, elle a menacé de se suicider, m’a dit, sans contexte, que ma sœur était à la morgue, et autres attaques passives agressives me laissant sans voix, dans un état de stress sans nom. Elle m’a aussi dit que cette maison est sa maison, donc si je ne me comporte pas « comme un membre de la famille », je dois partir. Elle m’a aussi rabaissée, en me disant que quand on habite chez ses parents à 31 ans, on n’est pas autonome. Je me suis sentie comme une merde. Tout était tellement irréel. Et tout m’a aussi remémoré tant de souvenirs.

A la fin de sa crise, j’étais vidée et en état de choc. Je me sentais incroyablement coupable de provoquer cette réaction chez ma mère. « C’est vrai quoi, pourquoi tu peux pas juste être gentille avec elle, regarde ce que tu provoques chez elle ». Voilà ce que j’entendais.

La semaine qui a suivi, je me suis renfermée sur moi-même. Je passais ma pause déjeuner seule, j’avais peur de mes collègues, de faire la moindre connerie qui pourrait déclencher de la colère chez eux, je me sentais déconnectée de mes émotions, du monde, de tout. J’avais mal à la tête, la nausée, et la tête qui tournait. Heureusement, une session avec ma psy m’a aidée à prendre du recul et me remettre de cette attaque.

Ma mère est partie il y a quelques jours, mais j’enchaine les insomnies, et je n’arrive pas à me nourrir. La nourriture me dégoute et j’ai l’estomac noué. Le soir dans mon lit, je m’attends à la voir surgir dans ma chambre et à m’attaquer.

Je crois que revivre mes traumas d’enfance m’aide à accepter, aujourd’hui, adulte, que ma mère est dangereuse. Qu’elle a un problème. Pourtant, une partie de moi doute toujours. Peut-être mon enfance n’était-elle pas si terrible, et la crise de ma mère était exceptionnelle, et puis, elle a eu une enfance difficile, c’est normal qu’elle ait des réactions comme ça… Oui, oui, vous lisez bien : malgré ce que je viens de vivre, je doute. Je relativise. Je suis en conflit intérieur : une partie de moi sens bien qu’il y a un gros problème, une autre partie de moi n’arrive pas à l’accepter.

Hier soir, alors que je ne parvenais pas à dormir, j’ai tapé sur Google

Je pense avoir été victime de maltraitance psychologique

J’ai lu tout ce que j’ai pu trouver sur le sujet, et tout est devenu limpide. Je me reconnais complètement. J’ai peu de souvenirs d’enfance, et la violence psychologique est sournoise, alors je n’ai aucune preuve. Une partie de moi doute, culpabilise d’avoir des mots si horribles envers ma mère.

Pourtant, une partie de moi le sait : j’ai été victime de maltraitance psychologique. J’ai besoin de l’écrire, encore et encore, pour l’admettre à moi-même. Je ne sais pas encore quoi faire de cette réalisation. Mais je crois que l’admettre, c’est un premier pas important.

J’ai été victime de maltraitance psychologique. Ma mère était émotionnellement et psychologiquement abusive. Mon père l’a laissée faire. J’ai été maltraitée psychologiquement. J’ai manqué cruellement d’amour, de sécurité, de bienveillance, de douceur, de joie, de rire. Mon enfance était teintée de violence, de cris, de souffrance, de culpabilité. J’ai grandi dans la peur. Ma mère ne l’admettra sans doute jamais, mais ce n’est pas grave, car je peux être pour mon enfant intérieur la mère qu’elle n’a jamais pu être. Et je l’entends, cet enfant qui hurle sa souffrance et sa colère. Je te crois : nous avons été victime de maltraitance, de violence. Je te crois. Je te vois. Je t’entends.

Avez-vous déjà vu

Une meuf qui fait une crise d’angoisse à cause d’un double de clé ?

Alors voilà, c’est l’histoire d’une meuf qui décide de faire un double de clé. Elle va chez le serrurier / coordonnier / tout-ce-que-vous-voulez chez qui elle va toujours, qui prend 7€ par double.

Vous l’aurez compris, cette fille, c’est moi, donc je vais continuer cette histoire avec « je », parce que c’est très étrange de parler de moi à la troisième personne.

Le serrurier me dit « pas de problème, revenez dans 15 minutes », et 15 minutes plus tard me voilà avec mes 7€ tout prêts, et le serrurier qui me dit « ça fera 28€ svp ». Donc je dis non non j’ai juste demandé un double, donc ça devrait faire 7€. Et là le serrurier / coordonnier / tout-ce-que-vous-voulez m’annonce que non, cette clé là est une clé « haute sécurité » qui coûte bien plus cher à produire que les clés classiques.

Je commence à paniquer, et je dis, plutôt à moi-même qu’à lui « je ne peux pas payer ça ». Voyez-vous, en ce moment j’aménage un fourgon, et ça coûte cher, donc j’essaie vraiment de surveiller chaque dépense. Alors là, un double à 28 balles, ça me fait un peu mal au…

Le mec s’empare alors de ma clé et du double et me dit « si tu me payes pas, je te rends pas ta clé ». Da fuck… Le mec prend ma clé en otage ??? Des images défilent dans ma tête, je me vois péter les plombs, sauter par dessus le comptoir, reprendre ma clé de force, et partir en cassant tout sur mon passage. A la place, je commence à trembler, à manquer d’oxygène, bref, à faire une crise d’angoisse dans le magasin.

J’essaie de négocier pendant de longues minutes, en vain. Alors, remplie de haine, je lui jette 28€ au visage, et il me jette ma clé en retour (j’exagère un peu pour vous tenir en haleine, mais pas de beaucoup).

Je me suis assise dans mon van, avec mon double de clé à 28 balles, et j’ai commencé à pleurer. Je me suis roulée en boule au milieu des outils dans le van, et j’ai pleuré, pleuré, pleuré, entre deux respirations saccadées.

L’ironie de l’histoire, c’est que j’ai vendu hier ma couverture lestée pour gagner un peu de sous… Couverture que j’avais achetée pour m’aider avec mes angoisses.

Une fois que j’ai repris mes esprits, je me suis posée plein de questions. J’ai regardé sur internet, et les clés « haute sécurité » coûtent effectivement une petite fortune à faire doubler. J’ai du mal à comprendre comment une clé peut coûter si cher.

Vous allez me dire, c’est sans doute un peu ma faute, que je sois tellement en galère de thunes. C’est vrai. J’aurais pu choisir un boulot qui me permette de gagner tellement de thunes que cette somme n’aurait eu aucune valeur pour moi. D’ailleurs, j’aurais peut-être même eu un appart’ tellement moderne que j’aurais eu une carte magnétique plutôt qu’une clé haute sécurité. J’aurais eu un coffre-fort tellement sécurisé que la clé ne se refait qu’en suisse, pour 3 mois de smic. Bref. Je m’égare.

Ma vie de bohème, je l’ai choisie… Mais parmi quelles options ? Choisir un boulot que je n’aime pas mais qui rapporte gros pour être sereine sur mes finances, ou choisir un boulot que j’aime mais dont je ne peux pas vivre ? Passer la moitié d’un smic par mois dans un loyer, ou habiter chez mes parents ? Bosser à temps plein pendant 25 ans et acheter une maison, ou profiter de la vie mais faire temps en temps des crises d’angoisses en pensant à ma future retraite inexistante ?

Je sais pas trop quoi penser de tout ça. Tout ce que je pense, c’est que c’est pas normal de faire une crise d’angoisse à cause d’un double de clé.

Un jour, je ferai un métier que j’aime, et je gagnerai suffisamment d’argent pour ne pas faire de crise d’angoisse à cause du prix d’un double de clé. Peut-être aussi, qui sait, que ma porte n’aura pas de serrure. C’est peut-être ça, finalement, la clé d’une vie insouciante…

Coup de téléphone et coup de pression

Ou la Phone-Phobie

Qui d’autre ici déteste répondre au téléphone ? Franchement, à l’ère du numérique, on ne pourrait pas tous se contenter d’emails et messages vocaux ?

Non mais vraiment, j’ai une phobie des appels téléphoniques. Quand le téléphone sonne, je ne décroche pas, j’écoute d’abord mon répondeur. Bon, ça vous me direz, c’est la base.

Mais ensuite, quand je dois rappeler, je panique. Le plus ironique, c’est que ce qui me fait le plus paniquer, c’est de rappeler un employeur pour un job que je décline… Vous allez me trouver chelou, mais voilà, c’est comme ça.

Il m’arrive de mettre 2 jours à rappeler quelqu’un parce que je panique trop au moment de cliquer sur « appeler ». Et plus je panique, plus je panique…

Pour surmonter mon angoisse, j’active le mode pilote automatique. Je me force, et j’écoute l’autre avant de dire quoi que ce soit. Parfois, ça donne lieu à des silences gênants. « Allô ? Ah, je ne vous entendais plus » me dit mon correspondant. Et je me garde de répondre « oui c’est normal, je ne savais pas quoi dire ». Peut-être que je devrais être honnête et leur dire « écoutez, j’ai une phobie du téléphone. Je peux vous faire un mail ? Bisous. »

Le plus ironique dans tout ça, c’est que mon dernier job, c’était standardiste. Du coup, j’ai passé 2 mois à faire semblant d’être au téléphone. Mais non, j’déconne. Qu’est-ce que je suis drôle. ça doit être depuis que j’ai vu l’excellente série Drôle (et ceci n’était pas sarcastique). Voilà que je m’égare à nouveau. En vérité, j’ai été une excellente standardiste. Je me suis dit yay, j’ai surmonté ma phone-phobie !

Et là, ce soir, j’ai un appel manqué… Il faudrait que je rappelle… Bon, je le ferai demain…

Panic, panic, panic

Quand mes cerveaux font la paix

J’ai récemment commencé la lecture d’un livre sur l’intuition. Ce n’est pas le premier que je lis sur le sujet : il y a quelques mois, ma sœur m’en a offert un, dans l’espoir que cela m’aide à prendre des décisions.

J’ai toujours eu beaucoup de mal à prendre des décisions, que ce soit pour des petites choses (est-ce que j’achète ces chaussures, etc-ce que je vais à cet événement…) ou les plus importantes (est-ce que j’accepte ce job, est-ce que je déménage…). Je me suis dis qu’essayer d’apprendre à écouter mes intuitions, ou encore, les sensations physiques que je ressens en pensant à différentes options, pourrait m’aider à faire des choix. Je me dis que je pourrais peut-être suivre les chemins qui m’appellent vraiment, plutôt que d’écouter mes peurs. Écouter mon cœur, ou mon corps, ou l’Univers, enfin bref, si quelque chose voulait bien me montrer le chemin, il suffira d’un signe, vous voyez l’idée.

J’ai des attentes élevées en lisant ce livre. En ce moment, je me sens perdue à tous les niveaux : où est-ce que je devrais habiter, qu’est-ce que je devrais faire comme boulot, bref, quelle vie je veux. Je suis tellement perdue que je ne sais pas par où commencer, et plus j’y réfléchis, plus l’angoisse me submerge. Je me retrouve paralysée. Pas facile, hein, d’écouter son cœur plutôt que ses peurs.

Le livre parle beaucoup de cerveau gauche (le cerveau disons rationnel, qui active le mode « survie » si nos besoins ne sont pas respectés), et le cerveau droit (plus intuitif). C’est très approximatif et résumé.

Aujourd’hui, j’ai eu un déclic, mais un déclic que je n’attendais pas du tout. J’ai fait un des exercices de méditation / visualisation proposés, et j’ai essayé de ressentir les différentes sensations dans mon corps. Ca a fonctionné un peu mieux que d’habitude, mais, comme à chaque fois, j’ai du mal à me défaire complètement du nœud que je ressens dans l’estomac, d’une sorte d’angoisse profonde.

J’ai aussi senti une sorte d’ouverture pour une des options à laquelle je pensais, mais immédiatement suivie de peurs. D’habitude, cette peur me frustre, et j’essaie de la faire taire, pour pouvoir me concentrer sur mes intuitions…

Seulement cette fois, plutôt que d’essayer de lutter contre cette peur, j’ai décidé de lui donner la parole. Et là, j’ai pu assister à un débat entre mon cerveau gauche et droit. Mon cerveau gauche, qui a besoin de sécurité (financière et émotionnelle), de stabilité, de confort etc, me dit :

T’es bien gentille meuf avec tes idées d’artistes, et je sais bien que si on te laissait faire, on vivrait comme des hippies, à poil dans la forêt, complètement connecté à l’art, le mysticisme et l’Univers, mais on oublierait de manger.

Ce à quoi répond mon cerveau droit : si on t’écoutait toi, on retournerait à notre vie d’avant : un CDI, un appartement, beaucoup de stabilité et sécurité matérielle, mais on crevait à petit feu.

Je réalise que c’est la première fois depuis des mois que je donne la parole à ces différentes parties de moi. Je réalise qu’en étant aussi concentrée sur l’idée d’écouter mon cœur, j’ai oublié d’écouter mes besoins. J’ai tellement envie de ne plus avoir de peurs, que j’ai oublié qu’elles étaient utiles. J’ai pris conscience que mon besoin de liberté, d’aventure, de rencontres et de créativité, est aussi important que mon besoin de sécurité, de stabilité, de confort. Pas plus, pas moins. Juste aussi important.

J’ai réalisé que j’avais du mal à prendre des décisions parce que je mets souvent ces deux parties de moi en opposition. En envisageant de m’installer en appartement quelque part, mon cerveau droit panique, parce que j’ai peur de me retrouver coincée dans une vie peu épanouissante. C’est un peu ce que je ressentais dans ma vie « CDI, appart, ville ». En envisageant de n’habiter nul part, de vivre au jour le jour, mon cerveau gauche est en mode survie, et il s’épuise, voire se paralyse. C’est un peu ce que j’ai ressenti dernièrement.

J’ai besoin des deux. C’est le déclic d’aujourd’hui. J’ai besoin d’aventure et de liberté autant que j’ai besoin de confort et de stabilité. J’ai besoin de temps créatifs autant que j’ai besoin de sécurité financière. En essayant de faire taire mes besoins, je me fais du mal, j’active le mode survie de mon être, je me retrouve paralysée.

Travailler sur mes peurs est une chose. Mai aujourd’hui, j’ai surtout appris à les écouter. Elles ont, en fait, beaucoup de choses à me dire. J’ai appris à ne plus mettre en opposition les différentes parties de moi. Elles ont toutes raisons.

Je crois que c’est, étrangement, ce que je retire de ce livre sur l’intuition : la pensée n’a pas forcément besoin d’être binaire. Il n’y a pas toujours de bonne ou de mauvaise réponse, ni de bon ou de mauvais chemin. Je peux voir un peu plus large.

Je ressors de ce déclic avec une nouvelle conviction : j’ai besoin d’un cadre stable (financièrement, émotionnellement, confortable etc), au sein du quel je puisse explorer librement ma créativité. Comme si je confiais à la partie gauche de mon cerveau les rênes de ma vie « matérielle », pour que mon cerveau droit puisse se concentrer sur ce qu’il fait de mieux : rêver.

Je ne sais pas encore, concrètement, comment je vais mettre en place ce cadre à la fois sécurisant et libérateur. Comment je vais trouver la sécurité financière dont j’ai besoin tout en ayant la liberté dont j’ai, aussi, besoin. Je sais juste que je n’ai plus envie de mettre ces besoins en opposition. Je veux les écouter, tous. Je crois que je vais aussi essayer, lorsque je ressens une envie et une peur en même temps, de leur donner la parole à tour de rôle. De discuter avec ma peur, de la prendre en compte, de la comprendre, afin de trouver un accord. Pour pouvoir apprendre à voler… Mais en vérifiant mes filets de secours.

Si rien n’a de sens, qu’au moins l’esprit s’y confronte, non ?
Muriel Barbery – l’élégance du hérisson

N’en déplaise à mes psys

Lorsque j’évoque mes envies de voyages, on me répond parfois : « quand tu as envie de voyager comme ça, vérifie toujours que tu ne sois pas en train de fuir quelque chose ».

On m’a souvent conseillé de « prendre racine » quelque part.

Une inquiétude de psy après l’autre, j’ai fini par me convaincre que mon côté voyageuse, mes envies de nomadisme, avaient quelque chose d’anormal. J’ai longtemps été persuadée que c’était lié à mes traumatismes d’enfance, que c’était quelque chose que je devais corriger, sur lequel travailler. Pour être saine d’esprit, il fallait que je m’enracine. Que j’affronte mes peurs pour oser me poser.

J’en étais convaincue.

Et puis d’autres amis m’ont rappelé que quelques fois dans ma vie, partir a été salvateur. Parfois, partir, c’est nécessaire. Pour s’éloigner du cocon familial et se redécouvrir. Fuir une situation toxique ou une vie dans laquelle on n’est pas heureux. Et que souvent, je suis partie pour voir autre chose, par curiosité et ouverture d’esprit, pas forcément pour fuir.

J’adore aussi rester. Prendre le temps de connaître un lieu, de tisser des amitiés solides. Mais je n’ai pas envie d’avoir honte de mon cœur voyageur.

Et puis, est-ce que la vie sédentaire est vraiment signe de sanité ? Est-ce que choisir de passer sa vie dans un seul endroit, quand le monde est si vaste, signifie être sain d’esprit ? Est-ce que choisir de passer sa vie à faire des choses qui nous rendent malheureux simplement pour « oser rester », est vraiment mieux que de partir ?

En même temps, d’autres fois, on me voit comme cette voyageuse libre qui suit le vent. Si c’est une image qui me plait, elle n’est pas vraiment vraie. Quand je suis loin, j’ai souvent le mal du pays, et ma famille me manque. J’adore aussi parfois être casanière, avoir mes habitudes, croiser des gens que je connais au supermarché. Parfois, j’ai l’impression que ceux qui me poussent à explorer toujours plus vivent leurs envies de voyages par procuration à travers moi. Et parfois, j’ai peur de les décevoir en disant « en vérité, je suis restée ».

Je crois que j’ai déjà écrit sur ce sujet. C’est que ça doit me tenir à cœur, et que je n’ai pas encore de réponses. Mi chat sauvage, mi chat d’appartement, assoiffée d’aventures autant que de douceur…

N’en déplaise à mes psys, je vais vivre ma vie comme j’en ai envie.

Quand je suis là j’ai envie de partir

Quand je suis loin j’ai envie d’être là